25 février 2008

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir

"Black tie should be one of the sweetest phrases a man can hear. It means you won't have to think about anything when you get dressed that night. You won't have to fuss over whether you should go tie or no-tie, or bicker with anyone about whether you can get away with jeans. You'll wear a tuxedo—which, if you've graduated from a backpack to anything made out of leather, you probably own. But for some guys—most conspicuously, celebrities—the words black tie have become a cue to rouse their inner George Clinton."
- Katherine Wheelock, "Stop Messing With the Tuxedo", The Gadabout


Cérémonie après cérémonie, tapis rouge après tapis rouge, les célébrités semblent indubitablement se taper la bourre en vue de remporter l'Oscar de la tenue la plus atroce.
Et cérémonie après cérémonie, tapis rouge après tapis rouge, je me frotte les mains, en me demandant "Qu'est-ce qu'ils vont encore nous trouver cette fois-ci ?"

Qui a eu le mérite de m'épouvanter le plus lors la dernière cérémonie des Oscars ?
Sans doute Viggo Mortensen.



La combo cheveux gras/barbe répugnante/et surtout manteau-smoking croisé (Daniel Robinson) d'une autre époque, c'est du haut niveau.

Bien entendu, il y avait plus moche, mais Viggo Mortensen, c'est du moche atypique. De plus, je laisse volontairement de côté les obèses et les ploucs habituels pour qui il n'y a plus d'espoir depuis déjà belle lurette. On ne tire pas sur les ambulances (en tout cas pas cette fois).


Sinon, George Clooney (Giorgio Armani), toujours aussi impeccablement sobre et sobrement impeccable ; Daniel Day-Lewis, qui a cru qu'un col châle gansé de satin maronnasse c'est sympa mais qui avait tort, et P. Diddy (Dolce & Gabbana et Sean Jean), seule personne au monde capable d'avoir la classe avec un style chargé et m'as-tu-vu de parvenu.

23 février 2008

Les mannequins de la finance (bis)

"[...] Ils sont comme des athlètes de haut niveau qui se préparent dès 6 heures du matin à leur première réunion de la semaine, le nine o'clock morning briefing, à la City. Aux pieds, richelieus noirs Weston ou Berluti. Pour le reste, chemises Pink ou Charvet, boutons de manchette Hermès ou Dior, des costumes sur mesure Savile Row ou Hackett. Gris anthracite ou taupe. Tout autre choix est une faute de goût que l'on vous pardonne difficilement."
"Eurostar, Un train nommé Sterling", L'Optimum, février 2008, p. 153.


Cela ne vous rappelle rien ? Vraiment ?

20 février 2008

FSH on GQ

Sans doute comme beaucoup des lecteurs de ce blog, j'ai fait l'acquisition du premier numéro de l'édition française du magazine GQ.
Si cette livraison n'a rien de franchement exaltant, elle a à mon sens le mérite de ne pas verser dans le vulgaire comme je pouvais le craindre.

Côté mode, je note simplement que les publicités (dont la plupart confinent par ailleurs à des chefs-d'œuvre artistiques, comme souvent) sont plus intéressantes que certaines pages de contenu éditorial. Je pense notamment à la page 131, qui est profondément navrante.

Worst-of :
"Dans un contexte professionnel très formel, la chemise aura un col large, 'italien'"
Ah bon. je croyais bêtement que le type de col devait être adapté à la forme du visage. Shame on me.

"Manchette. Dans un cadre professionnel, on laissera dépasser entre 1,5 et 2 cm"
Ah bon (bis). Donc hors cadre professionnel, on se fout de la longueur des manches. Chouette.

"Au bureau, le nœud de cravate le plus courant reste le demi Windsor."
Ah bon (ter). Aux bureaux de GQ, peut-être. Pour les autres, j'ai un gros doute...

Revue sympa quand même, surtout pour 1 euro (prix de lancement).

17 février 2008

Scarpe ortopediche

Si je suis passé hier au coin Santoni des Galeries Lafayette, j'ai également été jeter un œil aux modèles StefanoBi en vente au Bon Marché.

J'ai été stupéfait par la grossièreté de la ligne "Cuba F 172", et notamment d'un richelieu à bout droit, six œillets et laçage latéral, le S O950.
Un montage Blake (d'après le fabriquant) et pourtant des lisses débordantes démesurées que l'on dirait tout droit sorties de chez Bexley (où pour le coup on fait du vrai GY - ou presque).

StefanoBi prévient sur son site que cette ligne "se caractérise par une forme à bout carré assez large", et c'est peu de le dire.

Trop de foule dans l'endroit pour essayer et voir ce que cela donnait aux pieds, mais je doute fort que ça ait changé quoi que ce soit à mon impression.

16 février 2008

Santoni BlāK

Les vendeurs de chaussures et de vêtements étant souvent d'une nullité désarmante, soit parce qu'ils sont prêts à raconter n'importe quoi pour écouler leur marchandise, soit parce qu'ils ne savent rien de ce qu'ils vendent, je m'amuse de temps à autre à jouer le naïf ou l'ignorant (bref le client parfait).

Cet après-midi, j'étais de passage dans le corner Santoni d'un grand magasin du Boulevard Haussmann.
Chez Santoni, comme chez la plupart des bottiers italiens, on est très porté sur le montage Blake. Étrangement, certains modèles présentent néanmoins une couture susceptible de laisser croire que leurs semelles sont montées en Goodyear (moins cheap mais aussi un peu moins fin que le Blake).

Question à la vendeuse :
"Ce modèle, c'est du Blake ou du Goodyear ?"
Réponse immédiate, sur un ton sec et déplaisant digne d'une boutique-entrepôt du Marais :
"C'est-du-blâk-le-Goodyear-c'est-plus-cher."

Merci Madame la poissonnière.

Naturellement, le "c'est du blâk" était suffisant.
Le fait que le montage Goodyear soit plus cher, on s'en tamponne, et l'on s'en tamponne d'autant plus que la précision n'est justifiée qu'à partir du moment où le modèle en question est disponible dans les deux types de montage. Évidemment n'était pas le cas.

14 février 2008

Le début de la fin passera par la cravate

Si j'ai évoqué la semaine passée le petit ouvrage de Michael Anton, c'est que c'est un bouquin brillant. Comme tout bouquin brillant, il est truffé d'excellents passages. Je ne les citerai pas tous ici, car ils sont tellement nombreux que le droit de la propriété littéraire et artistique me l'interdirait.

Je me limiterai donc à quelques extraits, piochés ci et là.

Aujourd'hui, j'avais envie de partager les lignes suivantes (issues de la page 143) relatives à la cravate avec ceux qui n'ont pas (encore, je l'espère) commandé l'ouvrage ou qui ne l'ont pas reçu :
"(...) When the tie finally dies, tailored clothing will no long outlive it. And the reason is that it is the one article of pure ceremony that survived Brummell's great purge of powdered wigs, buckled pumps, silk knee breeches, and brocaded coats - anything not offering warmth, protection, or comfort. Its sole function is to signify that we have risen so far above necessity that we can offord to buy beautiful pieces of silk and tie them around our necks without fear that they will be scorched in battle, torn in the hunt, or soiled by toil. But once it is gone, men's willingness to tolerate ceremony in their clothes will erode still further, and they will look at their dressi shirts and say 'surely there are easier and more comfortable ways to cover a torso than this', and at their suits and think "couldn't a windbreaker keep me just as warm at a fraction of the cost ?' "

12 février 2008

Bleu comme le bleu de tes pompes

"It is universally acknwoledged that proper shoes are either black or brown. Other colors are seen but their legitimacy is disputed. Americans love burgundy (...) but the English sneer at it. Italians wear tan in town all year whereas the English wear it only in summer and only on holiday. Dandies love white but the generality are afraid of it. The French will wear anything - even blue and green - though the most elegant among them know better."
Michael Anton semble avoir vu nombre de nos compatriotes avec des chaussures bleues aux pieds.
Plutôt curieux, puisque je crois pouvoir dire sans me tromper que les souliers bleus ne courent ni les rues, ni les rayons des magasins de l'hexagone. Et c'est un tort.

Le bleu, et précisément le bleu profond (bleu marine, ou bleu de nuit), est en effet une couleur formidable pour des souliers (bel exemple ici), pour peu que les modèles teints ainsi soient à claque unie ou en tout cas très épurés dans leur design (exit les vieilles richelieus à bout golf fleuri).
À la fois sobre et originale, cette patine s'associe merveilleusement à un costume ou à un jean brut de la couleur que vous devinez, et change surtout des sempiternels souliers marron.

L'unique problème lié aux souliers bleus est d'ordre pratique : comme je le disais un peu plus haut, cette couleur est extrêmement rare dans les boutiques. D'où grosso modo deux solutions : la commande spéciale auprès d'un bottier ou l'achat d'un modèle clair qu'il restera à patiner (pour avoir testé personnellement, il suffit d'un peu de doigté pour un résultat sublime. Mais il est également possible pour les moins téméraires de s'adresser à un bon cordonnier).

8 février 2008

A Machiavellian Approach to Men's Style

Après Dressing the Man, dont j'avais fait une promotion appuyée à la fin du mois de décembre, voici encore un ouvrage que tous les férus de mode masculine attachés aux aspects théoriques et techniques (qui sont essentiels) devraient dévorer avec un plaisir rare : The Suit - A Machiavellian Approach to Men's Style.

Incomparablement plus modeste que la bible d'Alan Flusser, ce petit livre signé Michael "Nicholas Antongiavanni" Anton n'en demeure pas moins à mon sens l'un des meilleurs ouvrages consacrés au thème qui est cher aux lecteurs de ce blog.

Savant, original (parler de mode masculine façon Le Prince de Machiavel, il fallait y penser), clair et concis, ce traité mérite largement un investissement modique de moins de 15 euros.

Son seul problème réside dans les exemples et contre-exemples cités, qui ont objectivement peu de chance de parler au lecteur français. Mais c'est loin être rédhibitoire.

Quelques extraits du sommaire pour vous mettre l'eau à la bouche :

"Why the Double-Breasted Suits Which Humphrey Bogart Wore Did Not Look Ridiculous on Humphrey Bogart's Frame" (Chap. IV) ; "How Men of Superfluous Girth May Minimize Their Appearance" (Chap. VIII) ; "How Many Kinds of Silhouettes There Are and Concerning Designers Suits" (Chap. XII) ; "Of Footwear, and Wether It Is Better to Buy Italian Than English, or the Contrary" (Chap XVIII) ; "Exhortations to Seize Dress and to Free It from the Vulgarians" (Chap. XXVI).